> Description d'une journée à Cayenne
Description d’une « journée ordinaire» (mardi, jeudi, vendredi)
Avril 2005. Nous sommes en pleine saison des pluies. A première vue, les rues paraissent désertes et la ville vide : quelques voitures seulement…et encore moins de passants. Il est 14 h, la pluie a cessé, laissant la place au plus brûlant des soleils : nous sommes aux heures les plus chaudes de la journée.
Les quelques piétons que je croise sur mon chemin longent, tout comme moi, les murs pour trouver refuge à l’ombre des tôles protectrices. Alors on se rapproche un peu plus près de ces maisons dont l’alignement forme la rue Mme Payé. Parfois, on attrape au vol quelques bruits venus de l’intérieur des habitations : bruits de télévision, de jeux vidéos, de jeux d’enfants,… apparemment tout le monde est chez soi, ou est déjà retourné travailler. Pour quelle raison y aurait-il du monde à cette heure-ci dans les rues ? Les commerçants du quartier l’on bien compris : il fait bien trop chaud pour travailler, tous sont fermés.
Alors la rue endormie reste calme et silencieuse jusqu’en fin d’après-midi.
Puis 16 h, 16 h 30, 17 h arrivent. Les sonneries des écoles retentissent chacune à leur tour. Cinq écoles sont dans le quartier.
Leur présence influence les rythmes de vie au sein du quartier. Les élèves sortent, le quartier se « réveille », le va et vient des parents motorisés commence.
Les voitures défilent, créant par endroit des encombrements. Une fois les enfants récupérés, les dernières courses en centre-ville achevées, un grand nombre de
« travailleurs » prennent la route du retour, rejoignent leurs domiciles situés en banlieue ou dans les proches communes. Les autres, les citadins investissent au fur et à mesure leur habitation. Les portes, fenêtres et portes-fenêtres s’ouvrent, se referment, on entre on sort, on discute dans la rue ou sur le pas de sa porte : c’est à ce moment de la journée que la rue comme l’ensemble du quartier connaît son pic de fréquentation.
Le soir arrive, la nuit tombe vite. 18h : le quartier, le centre ville plongés dans le noir semblent « vides » à nouveau. Les rares lampadaires en état de fonctionnement peinent à éclairer l’espace. Alors, les rues sont sombres et silencieuses, plus personne ou presque ne les parcourt. Seuls deux petits snacks tenus le plus souvent par des brésiliens et des chinois créent un peu d’animation. Quelques citadins s’y retrouvent, s’installent sur des terrasses plus ou moins aménagées à l’extérieur. Quelques restaurants et bars aussi sont présents, ces activités semblent avoir moins d’impacts physiques dans la vie
Nocturne du quartier – activités développées à l’intérieur des locaux - que les snacks et autres lieux de restauration bon marché qui n’hésitent pas à étendre leurs activités dans la rue, à s’étaler sur l’espace public.
Les grenouilles, sauterelles et autres espèces se font entendre depuis les cours, jardins et parcelles en friche. Peu d’activités, peu de trafic automobile : le quartier reste relativement calme jusqu’au lendemain matin. Exceptions faites des nuits où de fortes disputes se font entendre au sein du voisinage : « des squatters », à ce qu’on me dit ont investi une maison laissée vacante trop longtemps.
Le matin, ce sont les oiseaux qui nous rappellent que dans le quartier existent de nombreux jardins.
Le quartier « se réveille » tôt : beaucoup commencent leur journée de travail à 7 h. C’est également l’heure d’ouverture des écoles. Alors, le ballet reprend, en sens inverse cette fois-ci : le centre-ville accueille à nouveau le flux d’automobilistes en provenance des banlieues et communes voisines. Les sonneries des écoles retentissent chacune à leur tour. Les voitures défilent, créant par endroit des embouteillages, les enfants du quartier se dirigent à pied vers leurs écoles respectives.
8 h 30, 9 h : les rues se vident à nouveau. La matinée passe, le quartier redevient calme et le restera jusqu’en fin d’après-midi.
La rue Mme Payé est une rue secondaire qui a comme caractéristique le fait de se trouver en plein centre-ville, à proximité directe des lieux forts et centres d’activités (établissements scolaires, institutionnels, rues commerçantes). Ce quartier, qui vit en semaine à travers le rythme de la ville – ville « capitale », administrative, lieu de travail, d’échanges, de commerces - semble se « rendormir » à chaque fin de semaine. Le samedi, les commerces sont ouverts, certains travaillent encore et ramènent un souffle d’activité. Le dimanche, le quartier, tout comme l’ensemble du centre ville, n’est plus « gonflé » par ce flux de travailleurs, pour beaucoup venus d’ailleurs. Seuls les riverains sont là, et le rythme de la journée se fait beaucoup plus lent, la fréquentation de la rue plus rare, le quartier encore plus calme que d’habitude. Certains habitants me parleront même de « ville morte » en ce dernier jour de semaine.
Auteur : Yâsimîn VAUTOR
Date : Octobre 2006 |