> 24h au marché de Cayenne > 2ème partie
Deuxième partie de l’observation |
Vendredi 28 Octobre 2005, de 06h00 à 18h00
_06h00 à 07h00
Il est environ 06h45 et le nombre d’individus entrants et sortants de la zone étudiée est en constante augmentation. Je compte à peu près une quinzaine de personnes (les marchands exclus) qui passent, repassent et font le tour du marché, discutant et rigolant avec certains marchands. Au total, si on inclut les marchands qui représentent environ une quarantaine de personnes, la place du marché est animée par plus d’une cinquantaine d’âmes. Animation caractérisée par des déplacements ciblés autour du hall du marché, mais surtout par un bruit de fond, né des multiples discussions qui se font principalement en créole, ponctuées de bruyantes exclamations, de rires ou de lointaines salutations.
Dans cette agitation naissante je remarque qu’il n’y a chez les passants aucun individu ayant moins de cinquante voir même soixante ans. Tous, à une ou deux exceptions près, sont des personnes plus ou moins âgées. Pour expliquer cela on peut sûrement supposer, que les personnes plus jeunes, et donc actives, sont à cette heure ci en train de se préparer pour aller travailler, ou encore préparer les enfants pour les déposer à l’école.
Je remarque au passage l’arrivée des premiers taxis qui se garent à leurs emplacements réservés (il y a six place de stationnement réservées aux taxis), et s’apprêtent à commencer leur journée.
_07h00 à 08h00
Il est 7h00, et les mendiants qui, malgré l’agitation étaient resté couchés, finissent par se lever et ranger leurs quelques affaires. Le trafic à beaucoup évolué mais reste encore fluide, les voitures commencent à se suivrent dans les rues, j’en compte plus d’une quinzaine en moins de cinq minute. Beaucoup commencent déjà à se garer, et petit à petit les places se font de plus en plus rares. Il faut également préciser que les rues qui sont au nord et au sud du Hall du marché sont maintenant interdites d’accès aux véhicules et encombrées par les stands de vente.
La population présente n’est plus faite de passant mais véritablement de clients qui viennent faire leur marché de bonne heure. Les gens ne semblent pas pressés, ils marchent tranquillement, s’arrêtent, observent, tâtent les produits et reprennent leur chemin. D’autres sont attirés par l’appétissante odeur de pain qui émane de la boulangerie. Les premiers commerces chinois ouvrent leurs portes et commencent à sortir leurs étalages sur les trottoirs.
A 7h30 les lampadaires qui ont éclairés le quartier durant toute la nuit s’éteignent. En regardant sur ma gauche je me rends compte qu’une vingtaine de véhicules, comprenant des grands monospaces et des mini vans sont garés dans un petit parking improvisé au sud ouest du marché. A quel moment sont-ils arrivés ? Je suis incapable de le dire. Un bus s’arrête devant moi à 7h32, déposant 19 personnes, tous âges confondus qui très vite s’éparpillent et se dirigent, pour certains vers le marché, et pour les autres vers la boulangerie. Les premiers taxis quant à eux s’en vont avec leurs premiers clients ; ceux qui ont déjà fini de faire leurs courses.
En se rapprochant de 8h00 plusieurs roulottes arrivent tour à tour et s’installent sur la place du marché, chacune ayant sa place réservée. L’une est spécialisée dans la vente de poulets rôtis, une autre dans la vente de plats à emportés et de sandwiches, une troisième vend des pâtisseries locales, une autre vend des poissons locaux et une dernière vend de la viande fraîche.
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Fig.4. a) et b) : Les commerçants et leurs étalages abrités du soleil |
_8h00 à 10h00
Il est 8h15 et on peut constater les premiers embouteillages, la circulation est lente voir légèrement immobilisée de temps en temps. Ceci semble être dû à deux principaux phénomènes :
→ L’augmentation du nombre de piétons circulant sur la place du marché ; Les gens marchent aussi bien sur les trottoirs que dans les rues, traversent lentement, et s’arrêtent même parfois au milieu de la rue pour diverses raisons, ne faisant pas attention à la circulation des véhicules. La place du marché semble officieusement être devenue une place piétonne où les véhicules ont une petite place, à condition de rouler au pas.
→La recherche de place pour se garer : Les jours de marché il est difficile de circuler et de se garer dans Cayenne. Pourtant les automobilistes espèrent et cherchent une place dans les environs et font souvent plusieurs fois le tour avant d’en trouver une. D’autres osent se garer en double file le temps de vite faire quelques achats. Prendre le temps de chercher une place, faire des manœuvres, déposer ou récupérer quelqu’un dans la rue, laisser passer des piétons, tout cela ralentit considérablement la circulation et participe à créer des embouteillages qui, au final paralysent le trafic.
Deux des mendiants commencent à faire le tour du marché, arrêtant les passants pour leur demander la charité, un autre s’est posté près de la boulangerie, quant aux autres, ils ont quitté les lieux pour se diriger apparemment vers le centre ville. Parmi les personnes présentes sur la place, je remarque que beaucoup, à l’exception des plus âgées, portent des tenues de travail ou des uniformes. Ce qui laisse supposer qu’ils viennent faire leur marché avant de se rendre à leur travail.
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Fig. 3 : Aux environs de 9h30, la place est de plus en plus
fréquentée |
A 10h00 la place du marché est pleine et noire de monde. Il y a du mouvement dans tous les sens et unbrouhaha permanent. Les gens vont d’étalage en étalage en essayant de se frayer un chemin dans la foule. La population présente sur la place est maintenant beaucoup plus hétérogène qu’au petit matin ; on peut distinguer des personnes de tous âges (des jeunes enfants accompagnant leurs parents aux personnes du troisième âge), de toutes catégories sociales, et de sexes confondus, même si le nombre de femmes est de toute évidence plus important que le nombre d’hommes. Au bruit de la foule s’ajoute de temps en temps celui des klaxons qui se manifestent pour inciter certains automobilistes à faire avancer la circulation (ou plutôt à cesser de la bloquer). Le nombre de voitures garées en double file est beaucoup plus important qu’à 8h00. Maintenant les rues les plus proches de la place sont doublement pleines, il n’y à plus un espace pour se garer. Même si je ne les vois pas toutes, je peux facilement compter 13 voitures garées en double file et deux autres sur la place réservée à l’arrêt du bus.
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| Fig.6 : Plus une place de libre pour se garer aux alentours du Marché |
_10h00 à 13h00
Il est 10h17 lorsque je note l’arrivée de trois policiers sur la place du marché. Ils ne viennent pas pour réguler la circulation mais pour pénaliser les véhicules mal stationnés.
Il est 11h00, et à l’exception du soleil de plus en plus chaud, rien n’a vraiment changé ; la foule est toujours aussi importante et la circulation toujours aussi lente. Je note toutefois que de plus en plus de personnes s’arrêtent devant les roulottes de plats à emporter, de sandwiches et de pâtisseries locales afin de consommer un petit encas sur place, ou pour en ramener à domicile. Ce détail pousse ma curiosité à aller voir ce qui se passe de l’autre côté du Hall du marché, là où il y a d’autres commerçants chinois, des snacks, des bars et de petits restaurants. Je remarque alors qu’en plus de toute cette foule qui s’agite, il y a tout un groupe d’individu qui se restore, assis dans les bars et dans les restaurants, ou encore s’achetant des boissons fraîches dans les commerces, et les buvant, sur les trottoirs, à l’ombre et à l’abris des bousculades de la foule. La place du marché n’est plus seulement un lieu de commerce mais est devenue également un lieu de consommation.
A midi, la foule est toujours très importante, mais la population présente semble être beaucoup plus jeune que celle de la matinée. Les personnes du troisième âges ont, pour la majeure partie, terminé leur marché au cours de la matinée. Maintenant c’est une nouvelle catégorie d’acteurs qui arrive sur les lieux : les personnes actives, ayant un emploi ou une activité, et qui semblent profiter de l’heure du déjeuner pour venir à leur tour faire leur marcher, mais également se restaurer. Je me permets cette hypothèse en observant un nombre croissant de personnes en tenue de travail (y compris des gardiens de la paix). Si les bars et les restaurants ne désemplissent pas, la circulation, elle, semble s’être quelque peu fluidifiée, même si elle reste encore assez lente. Cependant il n’y a toujours pas de places de libres pour se garer et je compte encore neuf voitures stationnées en double file.
A 12h45, de façon assez soudaine, le nombre de personnes présentes sur place diminue de manière visible. La circulation s’améliore lentement et on ne compte plus que 5 voitures garées en double file. Beaucoup d’individus continuent de se diriger néanmoins vers les roulottes et la boulangerie pour s’acheter de quoi manger sur place ou dans un bref délais.
Nous approchons de 13h00, et la foule présente sur la place du marché s’amincie a vue d’œil. Le bruit ambiant est lui aussi beaucoup moins flagrant que quelques heures auparavant.
_13h00 à 15h00
Entre 13h00 et 14h00 il ne se passe rien de particulier mis à part que le marché se vide lentement et que la circulation redevient un peu plus fluide, bien que toujours importante, comme si certaines personnes passaient devant le marché pour « sonder » un peu l’ambiance qui s’y trouve. Dans l’air on peut sentir des odeurs de mets plutôt agréables, il est l’heure de déjeuner, et dans le quartier beaucoup de gens semblent déjà être à leur fourneau.
Il faut attendre environ 14h30 pour remarquer véritablement que la matinée de marché est terminée. Les marchands commencent à ranger ce qui leur reste dans leurs camionnettes, et à démonter les étalages qu’ils ont installés eux mêmes. La place retrouve un calme qu’elle avait perdu depuis le début de la journée. Il ne s’agit pas d’un silence complet, mais plutôt d’un apaisement. Les restaurants et les bars attendent que leurs derniers clients s’en aillent pour fermer, et les commerçants chinois, qui avaient commencé à rentrer leurs étalages sont sur le point de fermer leurs portes. Tout autour du hall, sur les trottoirs et dans les rues, le sol est recouvert de fruits et légumes, de fleurs, d’herbes et de restes écrasés en tous genres.
Les mendiants font leur retour en nombre, ils sont plus nombreux que durant la nuit, sept au total, et font le tour de la place apparemment à la recherche de restes pouvant les intéresser. Certains d’entre eux vont également à la rencontre des marchands pour obtenir quelques aliments. Tous fixent le sol à la recherche de pièces de monnaie égarées, et certains finissent par en trouver quelques unes. La circulation quant à elle est subitement redevenue très fluide. Quelques véhicules continuent de passer sans s’arrêter, j’en compte quinze en dix minutes.
Vers 14h45 la grande majorité des marchands sont sur le départ, il ne reste sur la place du marché que quelques structures des étalages et les détritus au sol. Malgré la fin de la vente quelques individus étaient restés sur la place, certains pour discuter avec les marchands, d’autres pour traîner peut être, ou pour d’autres raisons inconnues. Avec le départ des marchands tous s’en vont. Et peu avant 15h00 la place redevient presque déserte et calme.
_15h00 à 18h00
Il est 15h00 et la place du marché est désormais vide, les véhicules se font de plus en plus rares, les maisons sont closes, tout comme les commerces, et très peu de piétons passent dans le quartier (trois entre 15h00 et 16h00). Certains mendiants sont retournés s’abriter du soleil, couchés sur des morceaux de cartons ou à même le sol, tandis que d’autres semblent se diriger à nouveau vers le centre ville.
A 15h22 une équipe de nettoyage composée de cinq hommes arrive sur les lieux et se met au travail. D’autres personnes, sans uniformes arrivent un peu plus tard et se mettent à ramasser et à ranger les étalages restants dans le hall du marché. Au bout d’environ trente cinq minutes la place du marché est de nouveau propre, comme si rien ne s’y était passé.
A 16h10 la circulation qui était devenue presque inexistante redevient un peu plus dense, et quelques piétons refont leur apparition. Les commerçants chinois commencent à rouvrir leurs portes, et l’odeur du pain chaud s’émane à nouveau de la boulangerie. L’heure de la sieste semble terminée, mais c’est aussi l’heure des sorties de classe et pour certain la fin de la journée de travail.
Vers 16h30 le quartier reprend vie avec le passage de plusieurs piétons, comptant parmi eux de nombreux écoliers qui rentrent chez eux, mais aussi des personnes qui se rendent dans les commerces chinois pour y faire quelques achats. Néanmoins le principal lieu de regroupement dans le quartier est maintenant la boulangerie, qui petit à petit se remplit jusqu’à ce que les clients forment une queue à son entrée. Je peux à ce moment compter près de 32 personnes présentes dans la zone d’observation, sans compter la quinzaine qui se trouve à l’intérieur de la boulangerie. La circulation est d’ailleurs ralentie car les gens se garent « à la va vite », et en double file le temps d’aller chercher du pain. Il ne s’agit pas du même genre de stationnement qu’au matin pendant le marché, car les autres rues sont vides. Seule la rue qui passe devant la boulangerie est encombrée et gênée par des départs et des arrêts intempestifs. Je compte en tout treize voitures en stationnement temporaire devant la boulangerie dont six qui sont garés en double file.
Tour à tour, les gens vont se relayer devant la boulangerie jusqu’aux environs de 17h30. Les uns partant avec dans leurs mains du pain et parfois d’autres pâtisseries, les autres arrivant pour les mêmes raisons. La file d’attente diminue néanmoins au fur et à mesure que le temps passe. Ainsi à 17h15 je compte vingt-quatre personnes présentes dans la zone d’observation, dont une dizaine dans la boulangerie, et six voitures en stationnement temporaire devant la boulangerie, puis à 17h30 je compte quinze personnes présentes dans la zone d’observation, dont cinq dans la boulangerie, et quatre voiture en stationnement temporaire devant la boulangerie.
A 18h00, peu de véhicules passent dans le quartier, la luminosité s’affaiblie de minute en minute, quelques individus se dirigent d’un pas légèrement pressé vers la boulangerie et ressortent principalement avec des baguettes de pain. Bientôt les lampadaires vont se rallumer, le soleil se couche, la journée touche à sa fin.
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Auteur : Kader Ravin
Date : Octobre 2005 |
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