Aujourd’hui étapes suivantes de mon voyage : trajet en bateau vers Belém. Je dois d’abord prendre un bus qui m’emmènera à Santana (25km au sud ouest), d’où partent les bateaux pour Belém et Manaus. Le miens, le « São Francisco de Paula » part à 10h00.
Départ de mon hôtel à 6h30. Tout le monde dort, pas de p’tit dej, je dépose les clés sur le comptoir. Je me rends à l’arrêt de bus qui va à Santana. Il n’y a pas vraiment d’arrêt matérialisé mais les gens du quartier savent que c’est là, donc il faut demander. Un bus arrive au bout de 15-20min. Je grimpe, confirme ma destination avec le chauffeur et m’assois. Après avoir dépassé la ville de Fazendinha, je redemande mon chemin à un vieux monsieur assit a coté de moi. Il me fait comprendre qu’il y va aussi. Au bout de 15 min, il me fait une petite tape sur l’épaule et on descend. Je serais incapable de retrouver l’arrêt. Le bus s’est arrêté en plein milieu d’une petite route entouré de quelques habitations, aucun panneau, aucune signalisation… merci au vieux monsieur ! N’ayant aucune idée de la direction à prendre, je suis scrupuleusement le monsieur. Apres quelques bifurcations, j’aperçois le pont supérieur d’un bateau. Je suis arrivé, il est 7h30. Je passe quelques vendeurs de billet à la sauvette, je remercie le monsieur, et entre dans le port, le petit port de Santana. Le bateau que je dois prendre et juste devant moi. Caractéristiques, ces bateaux ressemblent étrangement aux bateaux à vapeur qui naviguent sur le Mississipi, la vapeur en moins ! Il y a 3 ponts : le pont inférieur ou sont stocké les denrées, en dessous la cale avec le moteur, le pont intermédiaire pour le couchage en hamac, quelques cabines personnelles et la cabine du capitaine, et le pont supérieur qui est malheureusement inaccessible. Une galerie-promenade entoure le pont intermédiaire.
Port de Santana
Bateau à quai
Je passe le contrôle des billets, et me dirige vers l’avant du pont intermédiaire comme me l’a conseillé mon guide, ceci afin de s’éloigner au maximum du moteur. Il y a déjà une dizaine de hamac d’installé. Je pose le miens sans attendre car si je suis arrivé tôt, c’est bien pour avoir une bonne place ! Un peu fatigué je pose mes affaires et m’affale dans mon hamac. Je garde mes affaires sous les yeux, car les problèmes de vols sont, il parait, nombreux durant le trajet. Des règles simples sont à appliquer pour ne pas avoir de problème : bien fermer ses sacs, ne pas exposer d’objet de valeur, d’ailleurs, durant tout le trajet, j’écrirais mon carnet de route au crayon, simple précaution. Concernant les photos, je resterais discret en allant généralement à l’avant du pont et en ne visant pas directement les gens …
èuLe chargement des marchandises dans le bateau s’intensifie, je ne connais pas le contenu ni même d’où elles viennent, mais des centaines de caisses en bois (vides ?) sont chargées. Leurs arrivées sur le quai d’embarquement est plutôt périlleuse, une petite passerelle inclinée et de surcroit glissante permet de relier le quai au ponton flottant. Fortement incliné, son passage est une vraie épreuve d’équilibre. Un brésilien est chargé d’emmener toutes les caisses dans le bateau sur sa charrette remplie à raz bord. A chaque passage sur cette périlleuse passerelle (accompagné des "ola!" de ses collègues) il manque de tout étaler par terre. On peut lire l’étonnement sur son visage lors de chaque passage qu’il réussi. Il fera 5 à 6 passages et finira (quand même !) par faire tomber quelques caisses !
En attendant le départ j'observe le paysage. Plein de petits bateaux passent lentement devant nous sur l'eau marron du fleuve. Ils font un bruit impressionnant, mais n'avance pas bien vite. Caractéristique, ces bateaux sont pourvue dans toute sa longueur d'une cabine permettant lors de la saison des pluie d'être protégé.
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Le chargement des passagers continue, le bateau se rempli petit à petit et le nombre d’hamac installé augmente. Un peu plus tard, un passagers d’une cinquantaine d’année en short, tee shirt, tong m’accoste et me demande si je parle français. Il s’appelle Viaje et m’explique avec un magnifique accent brésilien qu’il a créé son entreprise d’exportation de minerai (Quartz, tungstene…) du Brésil vers la Belgique, royaume unis… Il sort de son sac une énorme pierre qu’il me tend. « C’est du quarz ! » dit il fièrement. Il sort également un vieux papier froissé, me le montre et pointe du doigt un chiffre : 50 000. Il m’explique qu’il emploi 2 commerciaux qu’il paye cette somme pour tout contrat exclusif négocié.
« Tu ne veux pas devenir commercial toi ? » me demande t’il
« Ho moi je n’ai pas trop la fibre commercial »
« Mais si, regarde 50 000 $ tu peux gagner ! »
Je lui réponds par un sourire.
Il est 10h05, un intense vrombissement se fait entendre, les moteurs démarrent. Je comprends maintenant toute l’importance de l’emplacement stratégique du hamac. Le quai se remplie de familles qui s’étreignent, pleurent, s’embrassent, les séparations sont difficiles. Le bateau se décolle maintenant du port, la traversée commence. L’ambiance est bonne, je décide de fais un tour du bateau. Il y a une quarantaine de hamac sur le pont intermédiaire. Je descends par un petit escalier, et une petite dizaine de hamacs côtoient les caisses en bois. La salle des machines dans la cale est ouverte et donne directement sur le pont. Le bruit du moteur est difficilement supportable plus de 10 min. Je me demande comment font ceux qui dorment là. A l’arrière du bateau, la cuisine. A l’avant, il y a la cabine du capitaine, ou plutôt des capitaines puisqu’ils seront plusieurs à se relayer durant les 24h prévue de trajet. Juste derrière, de petites cabines personnelles avec lit double sont disponibles.
Le port n’est maintenant plus en vue, les gens repartent vers leurs hamacs respectifs. Je fais de même. A ma gauche, il y a Viaje. A ma droite, une petite mamie fripée et souriante, et devant moi une famille composée de la mère, du père et de 4 bambins.
Viaje me parle, je l’écoute, il parle de tout, il a un avis sur tout, c’est marrant. Je repars à l’avant du bateau car j’aperçois le rivage. On commence à entrer dans le labyrinthe des petites iles. Il est l’heure de manger, a coté de moi, « la mamie qui me sourit à chaque fois qu’elle me regarde » a déjà préparer sa gamelle. Idem pour la famille et ses enfants. Au menu: Couac, poulet. simple et bon ! Viaje m’invite à aller manger en bas, a la cuisine. C’est 7r$ le repas.
Ha tiens, je croyais que le repas était prévu dans le ticket. Je fais mes fonds de poche : 10 r$. C’est
tendu. Je préfère manger ce soir et grignoter des gâteaux (écœurant) pour ce midi. Les 3r$ restant seront pour l’éventuelle bus de demain. Je regrette de ne pas avoir pris de petite déjeuner.
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Il commence à pleuvoir, de plus en plus fort. Le vent se lève également. Un petit bateau passe au loin. Je ne sais pas d'ou il vient, je ne sais pas ou il va...
L’équipage rabaisse les bâches de chaque coté du bateau car avec le vent, la pluie mouille les hamacs. On ne voit plus l’extérieur. Le tangage et le roulis du bateau associé au tangage du hamac (que je quitterai rapidement), en plus des bâches qui nous empêchent de voir à l’extérieur me font sentir que le mal de mer n’est pas loin d’arriver! Je me concentre donc à ne pas y penser (contradictoire mais efficace), je fais quelque aller-retour à l’avant du bateau histoire de prendre l’air et tout ce passera bien. Habitués, tous les passagers resteront stoïques durant cette averse. Je craignais que tout le voyage ne se fasse sous la pluie, mais heureusement le soleil réapparait.
J’observe le paysage. A chaque zone du rivage riche en wacaï, une maison sur pilotis a été construite. Il y en a une tous les 200-300m environ. Afin de rejoindre le fleuve, des pontons en bois partent de ces maisons plonge dans le fleuve. Au bout, de petites pirogues y sont amarrées. Au fut et à mesure de notre progression, une ribambelle de petite pirogue s’approche lentement de notre bateau. A l’intérieur, généralement des enfants, très jeunes (5-6 ans) accompagnés ou non de leur parents. Ils manient la pagaie d’une habilité déconcertante. S’ils viennent aussi près de notre bateau, c’est pour mendier. Avec leur main ils font signe de leur envoyer quelque chose. Quelques passagers jettent des sachets remplis de linge et/ou nourritures préparés avant le départ qui seront repêchés par les brésiliens en pirogue. La scène n’est pas évidente à accepter. On en rencontrera quasiment tout le long du voyage. On croisera également de nombreuses scieries en activité. Quelques fois le bateau évitera des troncs flottant sur l’eau guidés par des brésiliens en pirogue provenant probablement de ces scieries. L’âpres midi sera longue, j’alternerai entre discussion avec Viaje, sieste et paysage (répétitif mais merveilleusement verdoyant… je ne m’en lasse pas) 2 fois durant le trajet, la seul animation viendra de petit bateau qui accosteront le notre, afin de faire monter un passagers en route.
Le soir tombe rapidement, il est 18h30. A 19h00, il fait nuit noire. Impossible même de distinguer les bords du fleuve. Le capitaine se dirige a l’aide d’un projecteur. Il l’allume, parcours les abords, éclaire devant, et l’éteint pendant plusieurs minutes. Je me rassure en me disant qu’il sait ce qu’il fait, puisque là, on ne voit absolument rien de ce qu’il y a devant !! Je décide qu’il est temps d’aller faire mon seul repas de la journée. Je pars à la cuisine, le bruit assourdissant des moteurs empêche toute discussion. Ici on mange et on débarrasse les lieux. Il y a 2 personnes avant moi. Je prend un assiette, des couverts et me pointe devant la cuisinière et ses 3 grosses marmites. Elle comprend vite qu’il faut parler le langage des signes avec moi, et puis de toute façon le bruit des moteurs couvre toute discussion possible. Elle commence par me désigner la première marmite et me regarde, j’acquiesce énergiquement avec l’enthousiasme de quelqu’un qui n’a pas mangé de la journée. Hop, une louchée dans mon assiette. Me désigne la deuxième marmite, me regarde, j’acquiecse, me serre une autre louchée. Pour la troisième idem : marmite, j’acquiesce, louché. Je prends mon assiette et vais m’installer à une table. Il n’y a pas beaucoup de monde, 4-5 tout au plus. L’assiette est copieuse, il y a du poulet, des haricots et du riz. Une fois finis je partirai dans mon hamac. Avant de monter, j’aperçois deux brésiliens faisant une partie de dame. A première vue ils ont l’habitude de jouer vu à la vitesse à laquelle ils bougent les pièces. impressionnant ! Je les observe et au bout de quelques minutes un des joueurs (le gagnant, detail important) me propose de faire une partie avec lui. Je m’assois, et la partie commence. Bilan des deux parties : 2 échecs. Ce n’est pas glorieux ! D’ailleurs à la fin de la deuxième partie, comprenant ma nullité, mon adversaire rappelle son copain pour qu’il puisse prendre ma place ; Ok ok, j’ai compris, je men vais ! Je monte me coucher.