Voyage en moto, Antananarivo à
Ste Marie.
L’aller…
Mardi 12 août 2008,
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Jour J, je me lève tranquillement
vers 7h pour un départ prévu vers 10h. Ma première
étape sera de rejoindre Moramanga situé à 115km
de Tana. Je ne pousse pas trop le premier jour…
Je place mes affaires sur le sièges passager, le tout entouré
d’un ciré lié par deux tendeurs. Le bidon d’essence
pose un petit problème, je me rends compte qu’il n’est
pas hermétique. Fallait pas s’attendre à de la qualité
avec un bidon à 80 centimes, bref je le place bien droit derrière
moi. Je démarre, test les freins, les pneus (je dois passer à
la pompe à essence), et c’est parti! Il est 10h du matin,
le temps de m’arrêter à une station rajouter quelques
bar à la pression de mes pneus et je commence par sortir de la
ville très tranquillement, ça serait dommage de chuter
maintenant. La sortie de la ville est comme un peu partout un peu bouché
mais ça avance. Après quelques kilomètres sur la
RN2, je commence à entamer les longues courbes à travers
les rizières... la conduite est complètement différente
et le plaisir se fait rapidement ressentir. Plus besoin de freiner,
accélérer, s’arrêter, doubler telle que l’impose
la conduite urbaine. Sans rouler très vite je ressens déjà
cette sensation de "glisse" et de vitesse, tout en découvrant
à travers ma visière rayé un paysage magnifique
composé de rizière, de petite maison étroite en
terre rouge, d’enfants tirant une boite de conserve sur roulette,
croisant des taxis brousse usés transportant des gens fatigué
par le voyage venant de Moramanga, Brickaville ou même de Toamasina
! Je sais que le voyage sera aussi très fatiguant mais la moto
a ses avantages que le taxi brousse n’a pas ! Pause pipi quand
cela s’impose, fruits et beignets à volonté, arrêt
paysage à ma guise… inconvénient, peut être
plus dangereux (quoi que)… la pluie, je suis équipé
pour, le froid un peu moins mais les températures se réchaufferont
en atteignant la côte. Vers 14h je mange dans le resto d’un
parc de papillon. Brochette de zébus, pomme de terre, et café
pour repartir en forme. Il fait froid (~8-10°) et il pleut. Chaque
virage se passe avec beaucoup de précaution. J’ai hâte
d’atteindre la côte pour des températures et un temps
plus agréable.
Je croise quelques camions m’offrant par la même occasion
de petites frayeurs car un taxi brousse qu
i
double un camion en plein virage, forcement ça fait drôle.
115 km de route impeccable et j’atteins Moramanga. Il est 15h.
Je veille à 2 choses pour ce voyage, la panne mécanique
et la panne d’essence. N’ayant pas de jauge d’essence
je dois faire mon petit calcul et surtout faire le plein dès
que j’en ai l’occasion. Les stations essences à Mada
sont généralement bien reparties sur les routes puisque
les Taxi brousse en sont de gros consommateur. J’en repère
une rapidement dans la ville et me dirige vers elle. Un pompiste me
fait signe de la main me faisait comprendre qu’il n’y a
pas d’essence, « le camion citerne n’est pas passé
aujourd’hui et passera peut être demain ». .. houla..
‘peut être demain’ signifie 8h comme 18h voir pas
dans 2 jours ! Je lui demande s’il y a d’autre station dans
la ville mais … malheureusement non. On va devoir faire sans.
Il me reste normalement 5Litres dans le réservoir et j’ai
tjrs mon bidon de réserve au cas ou. Ca devrait aller.
Ayant une connaissance à Moramanga je décide d’aller
là voir. Elle tient un hôtel, ça pourrait être
l’occasion d’y passer le nuit ! Depuis l’ouverture
d’un chantier d’extraction de nickel et cobalt dans la région
(projet ambatovy), les camions et autres engins de travaux ne cessent
d’emprunter les étroites ruelles du centre ville rendant
l’environnement poussiéreux, bruyant et donc peu attrayant.
Je me faufile entre les camions pour arriver devant l’hôtel.
La tante en question n’est pas encore là. En attendant,
j’en profite pour resserrer quelques boulons de la moto. J’ai
remarqué que la béquille centrale ne remontait pas complètement
et elle frottait dans les virages… plutôt dangereux, mais
le problème est vite réglé. La tante arrive, et
après lui avoir expliqué mon petit voyage, elle me propose
gracieusement une chambre dans son hôtel. C’est une chambre
qui est en rénovation, elle n’est pas terminée mais
l’essentiel y est, un lit et une douche ! Elle me proposera même
de rentrer ma moto dans le hall de l’hôtel pour éviter
de ne retrouver que le cadenas demain matin… je la remercie chaleureusement.
Je vais manger quelques nems et une soupe dans un restaurant chinois
du coin, je rentre et m’endors aussitôt, la première
journée de route m’a épuisé.
Km effectués : 115km
Prochaine étape à dans 243km
Arrivée dans: 393 km
Mercredi 13 août 2008
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Le lendemain matin, réveille
vers 6h. Je sors la moto, fixe mon paquetage sur la moto, et m’en
vais. Je n’aurais pas l’occasion de dire au revoir à
la tante, encore dans les bras de Morphée à cette heure
là…
L’air est frais, le temps nuageux, et le flux de camion commence
à s’intensifier en centre ville, mais je suis déjà
en dehors Le paysage verdoyant s’intensifie au fur et à
mesure de ma descente vers la côte. Je décide de faire
une petite pause dans le coin d’un virage tout en restant attentif
qu’un camion en croisant un autre, ne vienne pas m’accrocher
un bras. De l’autre coté de la route, j’aperçois
une maison adossée à une toute petite colline surplombant
un vallée et la route. Ayant entendu ma moto s’arrêter
devant chez eux, je vois les enfants regarder curieusement à
travers les quelques arbres plantés devant la maison. Je leur
fais signe, il rigole et vont se cacher. Ensuite, un homme, vieux, grand
apparaît. Me regarde les bras croisés, et d’un geste
lent, mais salut de la main. Je fais de même. Voila les présentations
sont faite !
Je
contemple encore un peu le paysage au rythme des quelques véhicules
qui passent, et je repars. Je passe la bifurcation pour Andasibe (parc
naturel que j’ai visité quelques mois auparavant), quelques
ponts plus ou moins bien entretenu, je double plusieurs troupeau de
zébus en faisant bien attention de ne pas en percuter un prit
d’un coup de panique. Ayant maintenant passé les hautes
terres le relief se fait moins escarpé. Les virages se font rare
et les longues lignes droites m’incitent à pousser la moto…
mais la prudence est de rigueur. Même si elle atteint
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(difficilement) les 100km/h, et je ne
suis pas à l’abri de rencontrer un nid de poule qui me
ferait faire un magnifique vol plané. Donc je prends un rythme
de croisière, et les kilomètres de mon compteur défilent…
Je passe la bifurcation qui permet de descendre la côte par le
sud, moi je prends à gauche et je longe maintenant la côte
en prenant plein nord. La route goudronnée est excellente, et
fraîche ! De nombreux travaux bourgeonnent sur la route, coupant
dès fois la circulation alternativement. Une fois le goudron
sec, la route est un vrai plaisir à emprunter. Malheureusement
elle incite aussi les taxis brousse à aller plus vite…
Après plusieurs kilomètres une pause s’impose !
Les petites échoppes du village de Mahatera me semblent accueillante.
J’y bois un café (léger et servi dans une grande
tasse) L’échoppe, entièrement constitué de
planches noircies par le feu de bois est située au bord de la
route. Les bancs branlants installés devant l’échoppe
frôlent la route empruntée par les camions. L’odeur
des moufgasy tout chaud sortant du moule me donne envi d’en acheter
3-4 pour accompagner mon café. Ces moufgasy sont cuits sur une
plaque en fer rempli d’alvéole accueillant les ‘boules’
de pâte fraîche. Placé ensuite sur le feu de bois,
quelques minutes plus tard je déguste de succulent moufgasy !
Simple et efficace, ça constituera mon repas du midi. Je remercie
chaleureusement celui qui tient l’échoppe et c’est
reparti. La première borne kilométrique en sortie de la
ville indique 104km pour atteindre Toamasina, il est 12h10.
Toujours pas d’odeur de sel marin,
ni d’embruns de mer, car d’après la carte je suis
à 10-15km de la côte,donc normal.
Vohitsara, Tsaratampona, autant de petits villages ou il doit faire
bon vivre (‘’tsara’ signifie ‘bien’,
‘bon’ en malgache), et me voici aux portes de Toamasina.
L’entrée se fait par de longue double voie ou se côtoient
bus, taxi, zébus, charrette, scooter, vélo, piétons…
ils faut savoir être habile du guidon et surtout rester concentrer.
Avant de rejointe consultât. Un arrêt à la station
essence s’impose, je n’aurais pas le temps demain matin.
La consul honoraire m’offrira gracieusement le gîte et le
couvert pour cette nuit.
Km effectués: 358 km
Arrivée dans : 150 km
Jeudi 14 août 2008
Départ en forme, et aux aurores.
Le moment le plus agréable de la journée, il fait frais,
j’ai droit d’assister au lever de soleil, les couleurs sont
magnifiques. Aujourd’hui j’atteins le port de Soanierana
Ivongo qui m’amènera à Ste Marie situé à
35km de la côte. Les 170km de route longent au plus près
la côte rendant le paysage plus « sablonneux » mais
toujours aussi verdoyant. Le paysage change, les cocotiers foisonnent
!. Me voici sur la route, cheveux au vent (sous mon casque), le rythme
est régulier et prudent. Je me fais doubler par deux malgaches
sur une moto identique à la mienne, je m’amuse à
lui suivre mais impossible de tenir le rythme sans prendre le risque
de côtoyer le décors. La route est parsemée de nid
de poule prêt à accueillir ma roue, mais qui apparemment
ne fait pas peur au pilote! Je les laisse s’éloigner…
J’atteins ce passage de rivière
dont on m’a souvent parlé. Le pont à été
fait et refait pour être remplacé temporairement par un
pont flottant le temps d’en construire un autre. On n’est
jamais vraiment sûr de passer en fait ! Devant moi un taxi brousse
passe sans grande difficulté, tant mieux. Je fais de même,
et avec un peu de dextérité j’y arrive à
mon tour. Me suis un énorme camion qui enfonce le pont flottant
au raz de l’eau, les roues côtoient l’eau qui s’engouffre
un peu sur le pont mais.. ça passe aussi ! Autour du pont la
vie suit sont cours, une femme lave sa vaisselle, une pirogue passe,
le soleil se lève… cette petite pause m’aura fait
du bien, je continu. Plus que quelques kilomètres vers la dernière
ville avant le port. Je sens soudain comme un flottement de l’arrière,
puis un bruit bizarre typique de pneu à plat … Je me gare
sur le bas coté, et effectivement, j’ai crevé la
roue arrière. Par chance je suis à 5 kilomètres
de Fénaorivo, je vide une bombe anti-crevaison dans la chambre
à air, ça devrait tenir le temps d’atteindre un
garage. Arrivé en centre ville je tombe à l’entrée
sur un garagiste qui changera en 10min la chambre à air que je
lui ai donné. J’ai suivi attentivement la manipulation,
au cas où j’aurais à le refaire. La roue arrière
est toujours un peu compliqué à changer, le frein et la
chaîne n’aidant en rien la manip.
Remerciant le garagiste et ses assistants, je repars. Plus qu’une
petite soixantaine de kilomètre. Je passe de nombreux ponts plus
ou moins bien entretenus, et arrive enfin au port de Soanierana Ivongo.
Pas vraiment d’indications pour me rendre au débarcadère,
je demande donc d’abord en malgache, et pour être sûr
je demande à quelqu’un d’autre en français.
La direction qui m’est indiqué est assez vague mais je
pense trouver. Je descends une sorte de longue piste boueuse qu’un
minibus transportant 5-6 asiatiques hésite à emprunter.
Pour ma bête de course ce n’est pas un problème,
deux trois fois les pieds dans la boue pour l’aider à avancer
et j’arrive au bord de l’eau. Comme prévu un bac
attend. Une voiture et une camionnette attendent le dernier véhicule
sur le bac. Le mini bus des asiatiques je suppose !
Après bien 1 à 2 h d’attente
le minibus fera demi tour, et laissera place à un énorme
camion brousse qui, lui, n’hésitera pas à passer
le bourbier et s’installer sur le bac. Hop je sens que ça
s’agite, le bac est sur le point de partir, je monte donc dessus.
Ma moto bien calée sur une rambarde, j’entends les moteurs
démarrer quand un jeune me demande :
- « ou vas-tu ? »
- « A ste marie » lui dis je.
- « ha … et pourquoi tu prends le bac ? »
Un court instant de réflexion pour me rendre compte que je ne
suis peut être pas sur le bon bac !
- « hmm …ce bac va bien à un sainte marie n’est
ce pas ? »
- « pas du tout » me répond il en rigolant
A ce moment là les moteurs du bac vrombissent, et la passerelle
est entrain d’être lentement remonté. Panique générale
!! je saute sur le mec qui remonte la passerelles pour lui dire que
je descend !! Oufff, il était moins une, je descends la moto
vite fait sous les regards et sourires des gens qui doivent me prendre
pour un touriste plutôt paumé. Je n’ai jamais vraiment
su où aller ce bac mais certainement pas à Ste Marie !
Mille mercis au jeune qui m’a évité une perte de
temps considérable. Ça m’apprendra à ne pas
demander !
Je remonte tant bien que mal le bourbier que le camion brousse a rendu
réellement impraticable, redemande mon chemin en précisant
bien la destination, et on m’indique effectivement une autre direction.
Tout en bas d’un cul de sac, juste après la gendarmerie,
quelques taxis brousse attendent là. Formant l’impasse
du chemin, une série de case en bois plus ou moins bien entretenue
attendent le client, certaines servent de commerce, d’autres indiquent
clairement qu’elles s’occupent du transport fluvial vers
Ste Marie. Me voila donc un peu plus rassuré !
Seule la compagnie « La rozina » peut transporter ma moto.
Les autres compagnies utilisent des bateaux de plaisance sur lequel
il est impossible de placer une moto. Placé sous une terrasse
de restaurant, derrière une sorte de vieux guichet en bois, un
homme me confirme qu’il n’y a aucun problème pour
moi et ma moto pour un départ cette aprem.
- « On attend juste que le bateau revienne, il ne devrait pas
tarder ! »
C’est plutôt une bonne nouvelle surtout que le mec avait
l’air sûr de lui.
12h, le soleil tape, j’attends à l’ombre en discutant
avec un couple de zanatane.
14h, après avoir mangé un repas bien copieux, je décide
d’aller me préoccuper de mes billets, car en discutant
avec le couple je me rend compte qu’ils ont déjà
les leurs, pas moi. Changement de réponse, cette fois ci ce n’est
pas possible, ni pour moi ni pour ma moto. Il n’y a plus de place
! J’insiste en lui indiquant qu’il y a deux heures c’était
d’accord (bon ok, j’aurais dû acheter le billet a
ce moment là...) mais rien à faire, il me monte le cahier
mentionnant tous les noms des inscrits au passage tant convoité.
Insistant à nouveau, il part finalement se renseigner…
15h, une personne que j’avais jamais vu auparavant vient me voir
me disant que je pourrais partir, mais sans la moto. Il n’y pas
de place que pour moi…ce n’était pas prévu,
je ne sais même pas si je peux laisser la moto ici, et surtout
la retrouver à mon retour. Je m’inscris tout de même…
Le zanatane me donne quelques filons sur l’endroit ou laisser
ma moto. Deux possibilités, la gendarmerie, sûr mais cher,
ou et le parking du restaurant, un peu moins sûr mais bcp moins
cher.
16h, finalement une 3eme personne vient
pour me signaler que ce n’est plus possible, ni pour moi si pour
la moto… ça devient fatiguant.
16h15 Un bruit de moteur pétaradant se fait entendre, la Rozina
revient. Le bateau porte la mention « Rozina IV » …
que sont devenus les 3 précédents, je ne préfère
pas le savoir. Ca me parait très juste pour un départ
dans la demi heure sachant qu’il faut charger tout le monde et
que les départs de nuit sont interdits.(il fait nuit à
18h15-18h30). Tout le monde décharge les cargaisons du précédent
voyage, et une longue discussion s’installe entre plusieurs personnes
(dont le commandant du bateau je suppose). Dans la confusion, je ne
sais pas qui est qui, ni même de quoi ils parlent. Mais je suppose
que c’est concernant le départ puisque un membre de la
gendarmerie arrive, discute 30 secondes avec le groupe et autorise enfin
le départ de la navette. J’attends à coté
des passagers près à sauter sur le premier désistement.
A vrai dire j’ai peu de chance d’y arriver, une quarantaine
de personne attendent (et quand on voit la taille du bateau on se dit
que le surbooking ne se pratique pas seulement dans les avions !) Je
recroise le groupe de chinois que j’avais croisé lors de
ma (notre) fausse route vers le bac. Un p’ti sourire pour leur
dire que je les avait reconnu, ils me reconnaissent également.
Un des chinois voyant l’état du bateau, le nombre de passagers
à embarquer et, surtout, le cercueil posé sur le toit
du bateau accompagné de sa couronne de fleurs, décident
de ne plus monter. Il est catégorique. Les discussions fusent,
et s’ils décident de ne pas embarquer, ça fait de
la place pour moi ! Je reste près d’eux, demandant toutes
les 5min ce qu’ils décident de faire, en les incitant à
se décider et leur proposant de racheter 2-3 places (1 pour moi,
et 2 pour ma moto). Ils sont d’accord mais ils sont 5, il faut
que je trouve 2 personnes supplémentaires. Très peu de
temps me suffise pour trouver deux personnes voulant également
traverser et, comme moi, s’y sont pris trop tard. Allez hop! Tel
un VRP face à une grand-mère effectue la transaction pour
régler la situation. J’achète les billets et commence
à installer ma moto sur le pont avant du bateau. 15 bonnes minutes
et 3 paires de bras seront nécessaires pour la mettre en place.
Attachée, accrochée, elle ne bouge plus.
Il est 17h30, 3 quarts des passagers ont embarqué. Ca va vraiment
être juste pour partir mais bon… j’ai espoir. Tout
le monde continue d’embarquer peu à peu, quand le gendarme
refait à nouveau son apparition, et là, déception
générale, le bateau ne partira pas aujourd’hui.
Tout le monde redescend ! Personne ne râle, c’est peut être
plus sûr comme ça. Le cercueil aussi descend d’ailleurs.
Il restera sur le ponton toute la nuit entouré des membres de
la famille pour la veillée mortuaire…Avec la brume du fleuve,
le cercueil entouré de bougie, la famille accroupi autour, l’ambiance
était surprenante.
De petits bungalows derrière le restaurant accueillent les passagers
voulant passer la nuit au port.
Les bungalows sont tout à fait
corrects, l’essentiel y est, et propre surtout. Un lit, une moustiquaire,
une salle de bain, une table, sans oublier la boite de préservatif
posé sur la table au cas où je rentrerais accompagné
d’une éventuelle sortie nocturne…hmm pas pour ce
soir !
18h30, je décide d’attendre sur la terrasse du resto en
me prenant un verre. Je rencontre un autre vazaha du groupe de passager.
Il est italien et habite avec sa femme et son bébé sur
Ste Marie. Baroudeur, forte personnalité, beaucoup de chose à
raconter, et heureusement intéressant ! Je l’écoute
me raconter ses histoires et les heures passent. Nous mangeons en échangeant
nos impressions sur le manque cruel de sécurité de ce
bateau. Au fil de nos discussions sur l’île de Ste marie,
la moto, le bateau, je me rend compte qu’il serait peut être
plus prudent de la laisser ici, de toute manière je serais limité
sur l’île avec une moto de type routière puisque
toutes les routes sont plutôt en mauvaises états, et que
pour pas cher on peut louer des motos cross.
J’ai encore le retour vers Tana à faire, je n’aimerais
pas la bousiller sur l’île, surtout si je mets 5 jours à
la réparer ! Je décide donc sur les conseils de mon acolyte
de la descendre du bateau. Je me suis forcément senti un peu
mal sachant que 2h avant on avait galéré à la mettre
sur le bateau…
« azafady azafady! » je leur dit, et les remercies chaleureusement
une fois la moto sur le ponton. Je la mettrais ensuite sur le parking
du restaurant.
Nous rentrons chacun dans nos bungalows respectifs. Réseau téléphonique
plus que médiocre, je décide de me coucher. Demain matin
départ prévu à 7h. Afin de ne pas louper le départ,
on décide de se réveiller mutuellement si l’un de
nous n’entendrait pas le réveil.
Vendredi 15 août 2008
6h – 6h15 je me réveille, la nuit fut plutôt moyenne,
réveillé par des gens qui se croyaient certainement seuls
parmi tous ces bungalows… Première chose à voir,
est-ce que le bateau est toujours là, on est jamais à
l’abris d’une surprise ! oui, et ils chargent les bagages,
c’est bon ça ! Deuxième chose, est-ce que ma moto
aussi est toujours là ? .. oui ! la journée sera bonne
!
Mon acolyte italien se réveille avec nos voisins le couple de
zanatane. Le temps d’entamer le petit déjeuner composé
d’un café et d’un moufgasy lorsque l’on nous
appelle déjà pour embarquer. Hop, le café cul sec,
le moufgasy dans la poche et c’est parti !
La 40ene de personne est sur le ponton devant un homme debout sur une
caisse retourné qui appelle les gens un par un. Après
quelques dizaines de personne c’est à mon tour, j’embarque
vers l’avant… pas forcement le meilleur endroit pour ceux
qui sont sujet au mal de mer. Mais y a bien pire, ceux qui embarquent
dans les premiers se retrouvent à l’avant du bateau, comme
coincé au fond d’une cale puisqu’il n’y a ni
fenêtre, ni ouverture à proximité. Et pour qu’ils
passent un bon voyage, ils sont dans le sens contraire de la marche…
Je suis à la limite de cette zone et sur le coté, j’ai
pu prendre une fenêtre, plutôt chanceux. Le couple zanatane
est sur la même rangé que moi, et l’italien derrière.
Tout le monde a pris sa place, je compte rapidement, nous sommes 50
dont une bonne dizaine d’enfant, pour la plupart assis à
l’avant d’ailleurs, comme si les parents leur disaient «
habitue toi jeune, ça sera plus facile par la suite ! ».
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Les moteurs démarrent, on a presque
tous enfilés nos gilets rouges, certains n’auront pas la
chance d’en porter. Le bateau quitte le quai… aucun remous,
le bateau file sur l’eau tranquillement. Une bâche couvrant
les fenêtres du coté droit (du coté du couple zanatane)
est rabaissée. Tout le coté droit et maintenant condamné…
je comprend mieux l’utilité de la bâche quand nous
passons la première vague à l’embouchure du fleuve,
on vient de se prendre une claque d’eau salé qu’heureusement
la bâche à arrêté (plus ou moins). Le bateau
commence maintenant à tanguer, la mer n’est pas vraiment
calme, et de longue vague font osciller le bateau. 20min plus tard et
voila que les premiers seaux se remplissent… ce sont les enfants
à l’avant du bateau qui sont malades en premier d’ailleurs,
étonnant ! Les pauvres, ils ne voient rien de ce qu’il
se passe à l’extérieur, pas d’air frais pour
calmer cette nausée. Aucun ne râlent, aucun ne pleure,
je les vois fataliste à vomir dans ce seau qu’ils se passent
a tour de rôle…
Le couple et l’italien ont l’air
d’aller plutôt bien, moi j’essaye de me concentrer
sur l’horizon. Les heures passent lentement, la côte s’éloigne
peu à peu… on distingue à peine Ste Marie. Plus
le temps passe et plus le couple devient blanchâtre, pour tendrent
vers le verdâtre… l’homme tiens encore le coup mais,
ce ne sera pas le cas de la dame qui aura juste le temps d’attraper
le saut pour y mettre sa contribution. Voila maintenant plus d’une
heure que le bateau pétarade et j’ai l’impression
que l’on avance pas, je ne vois pas se rapprocher l’île.
Quelques haut-le-cœur me surprennent mais je reste concentré,
et surtout accroché à ma fenêtre qui devient un
endroit très prisé maintenant !
D’autres personnes se sont collées
à moi pour respirer l’air frais. Il faut dire que l’odeur
d’essence dans le bateau n’aide personne à se sentir
mieux. Une idée plutôt désagréable me traverse
la tête. Il est déjà arrivé durant certaines
traversées que le bateau pouvait tomber en panne, et dériver
ainsi pendant plusieurs heures avant d’être récupérer…
qui a-t-il de pire sur un bateau que de faire du sur place en tanguant
avec la moitié des passagers malade le tout baignant dans une
odeur d’essence!! J’essaye de m’enlever cette idée
de la tête.. Je jette un coup d’œil rapide à
l’arrière, l’italien est concentré, et ça
marche, il tient le coup. Voila maintenant 2h que l’on navigue,
j’aperçois enfin les détails de la côte de
Ste marie, il était temps. En tout il nous faudra 2h30 de bourlingage
avant d’arriver au port de destination. Je pose un pied fébrile
sur la terre ferme, un soulagement général se fait ressentir,
tout le monde retrouve peu à peu le sourire, tout en essuyant
quelques grimaces de nausée rebelles.
Le retour …